

En bref. En coaching, une métaphore est une image que le client utilise (ou que le coach propose) pour décrire son expérience : « je me noie », « c'est la jungle », « je ne vois pas le bout du tunnel ». Explorer cette image avec des questions simples, sans l'interpréter, permet au client d'accéder à ce qu'il ressent et de voir sa situation autrement. C'est l'un des leviers les plus rapides de prise de conscience.
Un directeur financier s'assoit en face de moi :
« J'ai l'impression de porter toute la boîte sur mes épaules. »
Je ne rebondis pas sur la boîte. Je reste sur l'image :
« Et ce poids sur vos épaules, il est comment ? »
Il ferme les yeux. « Lourd. Et je ne l'ai jamais posé. Pas une fois en trois ans. »
Silence. Puis : « En fait, personne ne m'a demandé de le porter seul. »
Cette phrase a changé la suite de son coaching. Pas une analyse. Une image.
Les clients arrivent rarement avec un problème bien formulé. Ils arrivent avec des tensions, des sensations, des images. La métaphore est souvent le chemin le plus court vers ce qu'ils ne savent pas encore dire.
Les linguistes George Lakoff et Mark Johnson l'ont montré dès 1980 (Metaphors We Live By) : nous pensons en métaphores, pas seulement nous parlons en métaphores.
Les neurosciences apportent des pistes :
Ces résultats confirment ce que les coachs observent en séance : une image fait ressentir, là où une explication fait analyser.
Travailler la métaphore du client, c'est appliquer deux compétences clés de l'ICF :
Aux niveaux PCC et MCC, c'est précisément ce que les évaluateurs cherchent : un coach qui suit le langage du client plutôt que son propre plan.
Les situations ci-dessous sont tirées de ma pratique. Les détails ont été modifiés pour préserver la confidentialité.
Une directrice des opérations, en pleine réorganisation :
« Mon équipe, c'est un bateau qui prend l'eau. »
« Et ce bateau, il est où, en ce moment ? »
« En pleine tempête. Et j'écope seule. »
« Et qui d'autre est à bord ? »
Long silence. Elle réalise qu'elle a cinq managers à bord… à qui elle n'a jamais tendu de seau. Sa question de la semaine n'était plus « comment tout tenir » mais « comment déléguer pendant la tempête ».
Piste de coaching. Explorez qui tient la barre, qui est à bord, l'état de la mer. Le psychologue Scott Barry Kaufman (Transcend, 2020) utilise le voilier comme modèle des besoins humains : la coque pour la sécurité, la voile pour la croissance. Question utile : « Qu'est-ce qui renforcerait votre coque ? Qu'est-ce qui gonflerait votre voile ? »

Un manager, lundi matin : « C'est un ciel gris depuis des semaines. »
« Et ce ciel gris, il ressemble à quoi ? »
« Bas. Il ne pleut pas, mais ça pèse. »
« Et quand il y a une éclaircie, même petite, qu'est-ce qui se passe ? »
Il identifie deux moments : ses one-to-one avec un collaborateur junior, et ses footings du jeudi. Deux éclaircies qu'il avait sacrifiées « par manque de temps ».
Piste de coaching. La météo rappelle qu'une émotion passe. Ne cherchez pas à faire revenir le soleil. Explorez le temps qu'il fait, puis ce qui crée des éclaircies.
Un DG, à propos d'un conflit avec son COMEX : « Les tensions en réunion, c'est la partie émergée de l'iceberg. »
« Et sous la surface, qu'est-ce qu'il y a ? »

Au-dessus : des échanges vifs, des décisions reportées. En dessous : la peur de perdre sa légitimité face à un directeur plus ancien que lui.
Nommer cette peur a déplacé le travail : il ne s'agissait plus de « gérer un conflit », mais de clarifier ce qui fondait son autorité.
Piste de coaching. L'iceberg invite à explorer croyances, valeurs et besoins sous le comportement visible. Laissez le client nommer ce qu'il y trouve.
Une coach en formation, à propos de sa certification : « Le PCC, c'est l'Everest. »
« Et cet Everest, vous le voyez d'où ? »
« D'en bas. Et je ne vois que le sommet. »
« Où serait votre premier camp de base ? »
Elle en a nommé trois : ses heures de pratique, l'enregistrement d'une séance, un feedback de mentor. Le sommet n'avait pas bougé. Le chemin, si.

Piste de coaching. Quand le client se sent écrasé par un objectif, la montagne aide à le découper en étapes et à reconnaître le chemin déjà parcouru : « D'où êtes-vous parti ? »
Une responsable RH, à qui l'on propose un poste à l'international : « Je suis devant une porte. J'ai envie de l'ouvrir, mais j'ai peur de ce qu'il y a derrière. »
« Et cette porte, elle est comment ? »
« Lourde. En bois. Et il y a de la lumière sous la porte. »
On a exploré la poignée, le poids, la lumière. Puis elle a dit :
« Je n'ai pas besoin de tout savoir pour l'entrouvrir. »
Elle a demandé un échange avec le futur N+1. Un geste. Pas encore une décision.
Piste de coaching. Ne présumez pas que la porte doit s'ouvrir. Une porte fermée peut aussi protéger. Demandez ce qu'elle représente pour le client.
Une cheffe de projet : « Je me sens coincée dans une petite pièce sombre. »
« Et qu'est-ce qu'il y a d'autre dans cette pièce ? »
Les murs. Une chaise. Puis, en riant : « Il y a une fenêtre. Je ne l'ai jamais ouverte. »
La fenêtre, c'était une demande de mobilité interne qu'elle s'interdisait depuis un an.
Piste de coaching. Explorez la taille, la lumière, les objets. Ne suggérez pas la fenêtre. Laissez le client la trouver.
Un directeur de transformation, à mi-parcours d'un projet de deux ans : « Je ne vois pas le bout du tunnel. »
« Et dans ce tunnel, qu'est-ce que vous voyez ? »
« Rien. Il fait noir. »
« Et qui d'autre est dans ce tunnel ? »
Il cite son équipe projet. Puis s'arrête : « Je leur dis que tout va bien. Eux aussi sont dans le noir. »
Le tunnel est resté. Mais il a décidé d'y avancer à plusieurs, en partageant enfin l'état réel du projet.
Piste de coaching. Le tunnel parle d'isolement et de durée. Explorez qui est présent, ce que le client perçoit, et ce qui l'aide à avancer.
Une fondatrice de start-up enchaîne les projets et s'épuise.
Avec son accord, je lui propose une image : « En ce moment, vous êtes plutôt l'architecte ou le maçon ? »
« Le maçon. Je pose des briques toute la journée. »
« Et qui dessine le plan ? »
« … Personne. »
Elle a bloqué une demi-journée par mois pour « reprendre le plan ». Sa feuille de route a été réduite de moitié.
Piste de coaching. C'est une métaphore proposée par le coach, pas par le client. Demandez la permission, vérifiez qu'elle résonne, et lâchez-la si ce n'est pas le cas.
Un manager nouvellement promu : « Je suis dans le brouillard. Je ne sais pas ce qu'on attend de moi. »
« Et dans ce brouillard, qu'est-ce que vous distinguez, même un peu ? »
« Deux ou trois silhouettes. Mon N+1. Un pair qui a fait ce poste avant moi. »
Il est reparti avec deux conversations à avoir. Le brouillard ne s'était pas levé. Mais il avait des repères.
Piste de coaching. Le brouillard est fréquent dans les prises de poste. Explorez ce qui reste visible, plutôt que ce qui manque.
Une directrice commerciale, après une fusion : « C'est la jungle. Tout le monde défend son territoire. »
« Et qui vit dans votre jungle ? »
Elle décrit des prédateurs, des alliances, des zones à éviter. Puis :
« Il y a aussi ceux qui connaissent les chemins. Je ne les ai jamais sollicités. »
Elle a cartographié ses alliés possibles dans la nouvelle organisation. La jungle restait une jungle. Elle avait désormais des guides.
Piste de coaching. Laissez le client attribuer les rôles. Ne nommez pas vous-même les « prédateurs » ou les « alliés ».

Les métaphores sont partout dans le discours du client : « J'ai la tête sous l'eau. » « Je suis au pied du mur. » « Je marche sur des œufs. »
La plupart des coachs les entendent. Peu s'y arrêtent.
Le Clean Language, développé par le psychothérapeute David Grove, puis par Penny Tompkins et James Lawley (Metaphors in Mind, 2000), propose des questions qui n'introduisent rien du coach :
Reprenez les mots exacts du client. Pas de synonymes.
Une porte fermée peut être un obstacle. Ou une protection. Ou une limite saine.
L'image appartient au client. Votre interprétation, même juste, lui vole sa découverte.
Quand l'image bouge (« la tempête se calme », « je vois un chemin »), faites le pont :
Une prise de conscience sans action reste une belle image.
Si le client reste très factuel, vous pouvez proposer une image :
« Je peux vous proposer une image ? … Est-ce que celle d'une montagne vous parle ? »
Si elle ne résonne pas, lâchez-la. Immédiatement.

C'est une image utilisée par le client ou proposée par le coach pour représenter une expérience : un tunnel, une tempête, un mur. Le coach l'explore avec des questions ouvertes pour aider le client à accéder à son ressenti et à voir sa situation sous un autre angle.
En priorité, travaillez avec celles du client : elles sont déjà chargées de sens pour lui. Proposez une image uniquement si le client reste bloqué dans le factuel, avec sa permission, et abandonnez-la si elle ne résonne pas.
Une approche développée par David Grove qui utilise des questions courtes reprenant les mots exacts du client, sans y ajouter les hypothèses du coach. Elle est particulièrement adaptée à l'exploration des métaphores.
L'ICF ne prescrit pas d'outil. Mais explorer le langage du client et susciter la prise de conscience font partie de ses compétences clés. Bien utilisée, la métaphore démontre ces compétences, notamment aux niveaux PCC et MCC.
Oui. En entretien individuel, reprendre l'image d'un collaborateur (« c'est la course ») et demander « quel genre de course ? » ouvre souvent une conversation plus honnête qu'un « comment ça va ? ».
Beaucoup de clients me disent en fin de séance : « Cette image, je ne l'oublierai pas. »
Ils oublient la plupart de mes questions. Ils gardent l'image.
Alors commencez par écouter. Les vôtres d'abord. Quelles métaphores vous enferment ? Lesquelles vous ouvrent des options ?
Et en séance, une seule règle : explorez l'image avant de chercher à la résoudre.
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À propos de l'auteure Géraldine Gauthier est Master Certified Coach (MCC) de l'ICF, niveau atteint par environ 4 % des coachs certifiés. LinkedIn Top Voice et fondatrice de GoMasterCoach.